À Fougères, les artistes sont proches du public




Un dimanche, peu après Pâques, à Bamako : Yvonnick Mauboussin (1) dit la messe en la cathédrale bondée. L'ancien curé de Chavagne et Redon enseigne la philosophie au grand séminaire de Bamako et il est accueilli comme père au pair dans la paroisse du Sacré-Coeur. Et ce dimanche-là, celui du bon pasteur, il célèbre en français l'office dominical à l'intention d'une foule de chrétiens. « La chrétienté au Mali est franchement minoritaire mais pas sans influence. »
Dire merci
Exemple : « Le nouvel entraîneur de l'équipe nationale de football du Mali est un chrétien du Nigéria qui vient demander des messes pour son équipe composée uniquement ou presque de musulmans ». Plus sérieusement, le missionnaire venu « pour former un clergé ouvert à la rencontre sereine des cultures » est à l'aise dans un pays où « tout commence et se termine par des bénédictions qui disent Allah, même en bambara ».
Chez nous, les églises se vident. Là-bas elles se remplissent à toute heure : « L'attitude profonde des gens est celle du « merci » et de l'émerveillement. Nous sommes portés par une ferveur qui nous stimule et qui nous pousse à faire davantage ». Plus encore : « Il y a là un formidable potentiel de ressourcement et de renouvellement des idées et même de la pensée ».
À quelques minutes de l'office, la chorale n'est pas arrivée. Elle ne viendra pas, partie chanter ailleurs... Il en faudrait plus pour inquiéter Yvonnick Mauboussin. Pas de souci en effet puisque deux douzaines de fidèles se rangent instantanément : sitôt formée, cette chorale improvisée chante en canon sous le vent des ventilateurs... L'Afrique, c'est aussi la débrouille...
Racisme rampant
Plombier, soudeur, mécanicien, couvreur, maçon, menuisier, le missionnaire est aussi tailleur de pierre. Bamako lui devra d'ailleurs une église toute neuve : celle de Notre Dame de la Paix, quelque part en banlieue... Parmi les blancs qui vivent plutôt confortablement, lui pratique la pauvreté. « Nous les blancs, on a beaucoup à se faire pardonner, à commencer par notre argent... Ici, il faut vivre modestement. »
Le baroudeur du Christ observe beaucoup « le racisme rampant » qui prend le pas sur « le réel humanisme » qu'il voudrait voir fleurir. Sa mission ne peut ignorer la complexité des relations entre le France et l'Afrique : « Il y a urgence à faire des choses porteuses d'avenir avant que la révolte ne gronde... Si on ne fait pas le maximum pour prendre en compte les situations difficiles, ce serait ne rien faire pour éviter des lendemains forcément explosifs... ». En clair, la coopération qui parle de pôle d'excellence du Français donne des coups d'épée dans l'eau « si en même temps il n'y a pas de pôle d'excellence dans le domaine de l'humanisation... »
La richesse des boubous témoigne de la relative aisance des fidèles de la capitale malienne : la quête sera d'ailleurs généreuse ce dimanche-là... mais toujours insuffisante quand il y a tant à faire... Soupir ? Non, le père Yvonnick ne manque pas de souffle... Il est inspiré.
Hervé BERTHO.
(1) Originaire de Montauban-de-Bretagne, âgé de 62 ans, le père Yvonnick Mauboussin est un missionnaire temporaire : prêtre du diocèse de Rennes, il a effectué des missions de plusieurs années au Togo et en Côte-d'Ivoire.
Pour lui écrire et faire un don : ymauboussin@afribone.nt.ml