Co-voiturage













Les dix-huit mois de prison ferme que le tribunal de Rennes lui a infligés en juillet dernier lui paraissent « démesurés, par rapport aux erreurs que j'ai commises. J'admets qu'il y a eu des carences dans mon entreprise. Mais personne ne pouvait imaginer que nos sous-traitants transgressaient les règles à ce point-là. » Yves Cardinal, 51 ans, s'est défendu pied à pied, hier, devant la cour d'appel de Rennes.
Informé par les impôts
Fils du fondateur André Cardinal, patron de l'entreprise basée à Mernel (près de Redon) depuis 1982, Yves Cardinal aurait eu recours à quatorze entreprises turques employant une soixantaine de travailleurs non déclarés. Dont la moitié entrés illégalement en France. « Aujourd'hui, on a fait le ménage, on exige les cartes de séjour des ouvriers », précise le chef d'une entreprise qui rénove, entre autres chantiers, l'immense salle de spectacle Le Liberté à Rennes.
Rien qu'en 2002 et 2003, les quatorze entreprises de maçonnerie avaient réalisé un chiffre d'affaires global de 4,1 millions d'euros en travaillant pour Cardinal. Comme elles ne déclaraient pas leurs salariés ou minoraient leurs heures, le fisc et l'Urssaf ont été privés de centaines de milliers d'euros.
Comment Yves Cardinal et son homme de confiance Pascal Renimel, 44 ans, condamné à la même peine, pouvaient-ils ignorer que les artisans employaient des ouvriers au noir ? Dans son réquisitoire ce matin, l'avocate générale Fabienne Fiasella ne manquera pas de rappeler que, selon le jugement rendu en juillet, « Cardinal était informé de la situation par des cadres de terrain, des clients, des sous-traitants ». Et, deux fois en 2003, par la direction des impôts.
La thèse de l'accusation, c'est qu'au début des années 2000, où le bâtiment naviguait en pleine euphorie, Cardinal, pour remporter des appels d'offre et ne pas payer de pénalités de retard, aurait sciemment fermé les yeux sur le travail clandestin. « Ces artisans turcs ont dit que le bas prix du m2 que vous leur imposiez était à prendre ou à laisser. C'est vrai ? », questionne le président Xavier Beuzit. Yves Cardinal : « C'est la loi du marché. »
Des années d'euphorie
« Ces entreprises étaient agréées par la chambre de métiers, c'était mon seul critère », affirme le patron du BTP. « Ce n'était pas à lui d'aller faire la police sur les chantiers », ajoute son avocat, Me Gérard Chevallier. Lundi, pourtant, le gendarme directeur d'enquête avait rappelé que « Cardinal a eu massivement recours à des familles d'artisans qu'il connaissait, qui avaient connu plusieurs liquidations judiciaires et qui ne présentaient aucune référence sérieuse. »
Michel TANNEAU.