



Huguette Gallais et Abraham Fridman ont raconté leur expérience des camps aux élèves de troisième du collège Thérèse-Pierre. « Ils réussissent à se souvenir de tout ce qu'ils ont vécu, dans le moindre détail, c'est impressionnant, s'étonne Morgane, 14 ans. Pourtant, des souvenirs de la Deuxième Guerre Mondiale, cette élève de troisième au collège Thérèse-Pierre en a déjà entendu. « Mon arrière-grand-mère était résistante, elle m'a un peu raconté, indique la jeune fille. Pour nous, c'est important de recevoir des témoignages de ceux qui ont vécu les camps. » Coralie, 14 ans, est, elle, plutôt déstabilisée. « Ils racontent les horreurs qu'ils ont vécues sans tabou, comme si c'était banal. On a l'impression qu'ils s'en sont remis rapidement. »
Si Huguette Gallais et Abraham Fridman ont donné ce sentiment à certains des 120 élèves qui les écoutaient mardi matin, c'est sûrement parce qu'ils racontent sans pathos. La première, bien connue des Fougerais, a été internée parce qu'elle était résistante. Le deuxième, qui habite aujourd'hui en Mayenne, a été envoyé à Auschwitz car il était juif à Paris.
Il raconte les rafles dans les quartiers de la capitale, les convois, les copains morts dans les wagons à bestiaux, la famille qu'on ne reverra pas. Elle raconte les réseaux, les revolvers planqués sous des épluchures de légumes ou dans des sacs d'écoliers. Les élèves, attentionnés, sont parfois émus.
« On a d'abord un devoir de vérité, souligne Robert Posnic, professeur d'histoire au collège. « Il ne faut pas seulement commémorer et se souvenir dans l'émotion, mais d'abord connaître l'histoire pour la comprendre. » À contre-courant d'un devoir de mémoire parfois vide de sens, le professeur tient à ce principe de connaissance. Pour lui, la troisième et la terminale sont des moments clés pour aborder ces faits. « En primaire, on est trop jeune pour assumer le parrainage d'un enfant juif mort dans les camps. Les enfants risquent d'être traumatisés. C'est important que les élèves puissent communiquer avec des personnes qui ont survécu à ces épreuves, qui sont encore vivantes, plutôt que de gémir sur des morts sans comprendre. »
Comprendre l'étoile jaune qu'Abraham Fridman, juif d'origine polonaise, a porté 15 jours avant de l'arracher, écouter la vie à Auschwitz, entre les SS et les médecins Français qui ont sauvé ce jeune de 16 ans. Il en a aujourd'hui 81. « Je témoigne depuis plus de 10 ans. Pour moi, c'est la meilleure façon de rester jeune », sourit-il.
Géraldine HOUDAYER.